II.1 - Le procès de Nice
Par Rombi le mercredi, 26 avril 2006, 15:00 - II - Un procès houleux... dix ans après les faits. - Lien permanent
Mercredi 5 Octobre 2005, l’ancien PDG d’Arkopharma M. Max Rombi est jugé pour homicides involontaires devant le tribunal correctionnel de Nice. Arkopharma serait effectivement soupçonné d’avoir provoqué le décès, en 2000 et 2001, de deux femmes ayant consommé des produits à base de plantes chinoises importées par le groupe pharmaceutique. Le procureur Gérard Dubes a requis deux ans de prison avec sursis et 20.000 € d’amende contre M. Max Rombi, ainsi que six mois avec sursis contre le pharmacien revendeur niçois, M. Jean-Paul Gallon.
Mme C., 40 ans, et Mme J., 33 ans, sont décédées d’un cancer des voies urinaires après avoir suivi un régime amaigrissant à base d’un diurétique appelé « Asiatitrat ». Certaines plantes de cette préparation magistrale, dont la Stephania Tetrandra citée précédemment, ont été interdites en France en 1998. Les faits remontent donc à une dizaine d’années.
Cette affaire fait évidemment écho à celle de la clinique belge spécialisée dans l’amincissement où une épidémie de néphropathies était survenue suite au traitement délivré à base de plantes chinoises (Aristoloche) et d’amphétamines (Isoméride). Les tribunaux belges n’ont pas incriminé les Plantes Chinoises car les études ont été jugées inabouties. Mais de sérieux doutes ont finalement plané sur l’association de ce traitement aux amphétamines. Selon le ministère de la santé belge, seulement 1% des personnes ayant ingéré ces plantes ont développé une insuffisance rénale nécessitant une dialyse ou une greffe et la moitié de ces 1% a montré des signes de lésions cancéreuses des voies urinaires.
Cependant, les tribunaux français reprochent aux laboratoires Arkopharma leur manque de contrôles quant à la vérification de la nature des produits importés. Outre le fait que l’entreprise s'assurait de la confiance et du sèrieux de ses fournisseurs quant à la qualité de leurs produits, dans les années 90, Arkopharma souffrait de l’absence de révélateur chimique permettant une vérification optimale de certaines plantes. Le témoins tétrandrine qui aurait permis de détecter l'anomalie n'était pas encore commercialisé sur le marché mondiale. Mais faut-il rappeler par ailleurs que la plante stephania alors commercialisée, tout comme l'Aristoloche distribuée à l'insus d'Arkopharma, était autorisée à la vente ? La France n’a effectivement retiré ces plantes du marché de manière définitive qu’en 1998. Comment peut-on donc accuser le groupe d’avoir vendu des produits jusqu’alors autorisés par le ministère de la santé française ?
De plus, lors de la défense, des experts scientifiques ont clairement nié tout lien de causalité entre l’absorption d’Aristoloche et les pathologies des victimes. Le Professeur de néphrologie Philippe Dequiedt a expliqué au tribunal que les doses de plantes ingérées par les deux femmes étaient trop faibles (1mg/jour) pour avoir un quelconque effet toxique. M. Dequiedt souligne également très judicieusement que les victimes consommaient aussi des amphétamines dans le cadre de leur traitement et que le rôle de ces produits interdits depuis 1997 n’a malheureusement pas été suffisamment analysé.
Par ailleurs, le Professeur de toxicologie Annie Leszkowicz a démontré qu’il était impossible pour un laboratoire d’identifier l’origine d’un dommage toxique précis, huit ans après l’arrêt de l’absorption d’un produit. Ainsi, sans preuve formelle de toxicité, ou de causalité, la responsabilité du laboratoire semble hors de propos.
La presse laisse Arkopharma donner son avis sur l'affaire.
Pourtant, le jeudi 17 Novembre 2005, le verdict tombe. Le tribunal correctionnel de Nice alourdit la réquisition et condamne M. Max Rombi à 3 ans de prison avec sursis et 30 000 € d’amende. Monsieur Jean-Paul Gallon, le pharmacien niçois qui avait délivré les produits voit également sa réquisition passer à 12 mois avec sursis. Max Rombi fait bien entendu appel de cette décision.